«On vous attend»: notes sur les gilets jaunes

« une révolution souvent aussi imprévue de ceux qui la font que de ceux qui la souffrent »

le trajet pour l’école

  Les rues se couvrent de lumières à mesure que nous avançons dans l’hiver ; sur le chemin de l’école, ma fille se retient à mon bras puis me tire en arrière et me montre du doigt l’arbre rutilant dans la vitrine de la boulangerie : regarde, papa, regarde. Nous nous demandons en descendant les marches… Lire la suite le trajet pour l’école

sur le fil

Le mouvement des gilets jaunes se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Alors que des tentatives de structuration se font jour au niveau local et que de nouvelles formes d’action sont tentées ou envisagées, cette mobilisation apparaît plus que jamais comme le lieu d’une lutte stratégique entre revendications de classes et division fondée sur… Lire la suite sur le fil

à la merci d’un courant violent

❝De Berlin à Athènes, les propos tenus ces derniers jours par les dirigeants européens précisent la situation qui sera celle de la Grèce au sortir de l’été et justifient une lecture de l’accord conclu ce 21 juin à rebours des déclarations célébrant «la fin de l’Odyssée», la «renaissance» grecque ou la concorde européenne retrouvée.❞

souveraine dette

❝L’accord du 21 juin met en lumière l’incapacité des dirigeants européens à faire face à la crise systémique qui continue de guetter l’Europe: amnésie sélective, volonté de cacher sous le tapis les causes de l’instabilité financière et de la dissolution politique de l’Union, réintroduction de mécanismes qui se trouvent au départ de la crise mais dont ces responsables semblent croire qu’ils produiront cette fois, «comme par magie, d’autres effets».❞

enfants boulevard de la Chapelle

❝Ils sont scolarisés à l’école Philippe de Girard, mangent dans le square Léon, dorment à l’hôtel Merryl, mangent dans le square de la Chapelle, dorment dans un hôtel du boulevard accolé à la Poste, mangent dans le square Saint-Bernard, dorment dans un hôtel de la rue Ledru-Rollin accrédité par le 115, prennent le métro pour Nanterre. Il y a à côté de l’hôtel un square et une boulangerie.❞

autre chose (slam)

❝autre chose qu’une tente avec un chien pour la chaleur, la nuit / et que de se battre pour rester simplement humaine — / autre chose qu’un coin à soi, un rêve avec un lit, une douche et un réchaud / le kiosque Place des Fêtes / le bus de l’Armée du Salut / autre chose que d’être parqués les étrangers dedans et les Français dehors / qu’un campement à 1€ par jour mais où les chiens sont acceptés...❞

à bientôt j’espère

❝Sur fond de corruption de la décision politique, le projet néo-libéral ne s’impose pas seulement en détruisant des solidarités mais aussi en accentuant les divisions, pratiques et idéologiques, là où existent des intérêts communs (en termes écologiques comme de revenu, de temps, d’accès aux soins, d’éducation, de lutte contre les ségrégations urbaines et sociales, etc.)❞

face au chantage : à propos du 7 mai 2017

❝Je sais que, par rupture avec toute une partie du mouvement ayant suivi Mai 68, l’écrasante majorité des intellectuels «de gauche» a, à un moment crucial, pris le parti ou décidé de se retirer du jeu, de la construction de solidarités entre les classes, de l’organisation de transferts et d’échanges réciproques de savoir permettant de bâtir des luttes entre pratiques ouvrières, agricoles et savoir livresque, théorie, réflexion collective, création d’espaces pour un discours et une expérience politique en commun entre l’usine, les champs et l’université...❞

le peuple hors sujet : à propos du 23 avril 2017

L’élection probable d’Emmanuel Macron au second tour des présidentielles peut être lue comme l’aboutissement du long processus de droitisation et de privatisation des communs entamé du sein du parti socialiste français à partir du tournant de la rigueur de 1983 et théorisé par des cadres tels que François Hollande, Le Drian, Jouyet (abandon des classes populaires et «nouvelle alliance» entre classes moyennes, professions libérales et patronat), processus marqué par la montée en puissance régulière du Front National.

fleurs de ruines : lieux de création alternatifs dans la Grèce des mémorandums

❝Dans un pays où la politique semble s'être brusquement effondrée, le travail artistique, condensateur d’un réel, d’une situation, revêt une importance accrue, d’où la pertinence de s’interroger sur les conditions et les lieux dans lesquels il s’exerce.❞

jouer avec le feu : sur l’instrumentalisation des mouvements sociaux par la “gauche radicale” grecque

❝Avec la manoeuvre du référendum, conçu par l’exécutif grec comme une simple carte à jouer sur la table des négociations, Tsipras a brisé en juillet 2015 la seule force sur laquelle pouvait s'appuyer une confrontation avec les créanciers (le peuple, les classes populaires et la jeunesse, les 62% du “non”) et sapé ainsi le (peu de) crédit dont jouissaient encore les institutions parlementaires - un crédit que son accession au pouvoir avait paradoxalement contribué à restaurer.❞

…, ou le traité du vain combat

❝Il paraît étrange d’affirmer qu’un événement qui était entré dans l’Histoire en est par la suite ressorti ; tel est pourtant le sort pathétique qui semble être réservé au premier gouvernement d’Aléxis Tsípras et à la première contestation par un gouvernement élu des politiques d’austérité promues par les instances dirigeantes de l’Union européenne. Aléxis Tsípras, ou comment effacer l'Histoire.❞

la ville d’où le peuple est absent

❝La proposition envoyée avant-hier soir par le gouvernement grec aux Institutions est d’abord un aveu : elle met brutalement au jour l’absence d’une alternative concrète au maintien de la Grèce dans la zone euro, d’un «plan B» qui aurait pu (qui aurait dû) permettre de tenir tête aux créanciers et, en cas de rupture, de financer immédiatement les besoins de l’Etat, de relancer et de réorganiser la production autour des besoins réels, des besoins de la majorité sociale.❞

l’invention sous la crise (ressources)

En Grèce, la résistance aux politiques d’austérité ne s’est pas exprimée uniquement dans les rues (émeutes de 2008, mouvement de la place Syntagma, lutte des employées du nettoyage du ministère des Finances, occupation de la radio-télédiffusion publique…) et à l’Assemblée (opposition parlementaire) mais aussi dans des ateliers, des théâtres, des industries occupées, des terrains militaires réquisitionnés et transformés en parcelles de culture, des appartements vides convertis en dispensaires gratuits, en cantines sociales ou en crèches, dans les domaines les plus touchés par les coupes budgétaires : l’éducation, la culture, la santé, l’agriculture et l’alimentation, l’industrie, l’entraide et la préservation des territoires.