❝Sur fond de corruption de la décision politique, le projet néo-libéral ne s’impose pas seulement en détruisant des solidarités mais aussi en accentuant les divisions, pratiques et idéologiques, là où existent des intérêts communs (en termes écologiques comme de revenu, de temps, d’accès aux soins, d’éducation, de lutte contre les ségrégations urbaines et sociales, etc.)❞

❝Je sais que, par rupture avec toute une partie du mouvement ayant suivi Mai 68, l’écrasante majorité des intellectuels «de gauche» a, à un moment crucial, pris le parti ou décidé de se retirer du jeu, de la construction de solidarités entre les classes, de l’organisation de transferts et d’échanges réciproques de savoir permettant de bâtir des luttes entre pratiques ouvrières, agricoles et savoir livresque, théorie, réflexion collective, création d’espaces pour un discours et une expérience politique en commun entre l’usine, les champs et l’université…❞

L’élection probable d’Emmanuel Macron au second tour des présidentielles peut être lue comme l’aboutissement du long processus de droitisation et de privatisation des communs entamé du sein du parti socialiste français à partir du tournant de la rigueur de 1983 et théorisé par des cadres tels que François Hollande, Le Drian, Jouyet (abandon des classes populaires et «nouvelle alliance» entre classes moyennes, professions libérales et patronat), processus marqué par la montée en puissance régulière du Front National.

❝Avec la manoeuvre du référendum, conçu par l’exécutif grec comme une simple carte à jouer sur la table des négociations, Tsipras a brisé en juillet 2015 la seule force sur laquelle pouvait s’appuyer une confrontation avec les créanciers (le peuple, les classes populaires et la jeunesse, les 62% du “non”) et sapé ainsi le (peu de) crédit dont jouissaient encore les institutions parlementaires – un crédit que son accession au pouvoir avait paradoxalement contribué à restaurer.❞

❝Il paraît étrange d’affirmer qu’un événement qui était entré dans l’Histoire en est par la suite ressorti ; tel est pourtant le sort pathétique qui semble être réservé au premier gouvernement d’Aléxis Tsípras et à la première contestation par un gouvernement élu des politiques d’austérité promues par les instances dirigeantes de l’Union européenne. Aléxis Tsípras, ou comment effacer l’Histoire.❞

❝La proposition envoyée avant-hier soir par le gouvernement grec aux Institutions est d’abord un aveu : elle met brutalement au jour l’absence d’une alternative concrète au maintien de la Grèce dans la zone euro, d’un «plan B» qui aurait pu (qui aurait dû) permettre de tenir tête aux créanciers et, en cas de rupture, de financer immédiatement les besoins de l’Etat, de relancer et de réorganiser la production autour des besoins réels, des besoins de la majorité sociale.❞

En Grèce, la résistance aux politiques d’austérité ne s’est pas exprimée uniquement dans les rues (émeutes de 2008, mouvement de la place Syntagma, lutte des employées du nettoyage du ministère des Finances, occupation de la radio-télédiffusion publique…) et à l’Assemblée (opposition parlementaire) mais aussi dans des ateliers, des théâtres, des industries occupées, des terrains militaires réquisitionnés et transformés en parcelles de culture, des appartements vides convertis en dispensaires gratuits, en cantines sociales ou en crèches, dans les domaines les plus touchés par les coupes budgétaires : l’éducation, la culture, la santé, l’agriculture et l’alimentation, l’industrie, l’entraide et la préservation des territoires.

« Ce qui se noue autour du «nouveau terrorisme» et de la «Coalition des cellules du feu», tout ce jeu opaque et sordide auquel se prêtent le gouvernement, les services, la police et les juges dans le but de manipuler l’opinion publique et la justice, tout cela est une gifle pour la démocratie. Lois antidémocratiques, procès en convictions politiques, absence d’éléments à charge, empreintes digitales qui apparaissent au petit bonheur la chance, douteux «spécialistes de la lutte antiterroriste», actes de tortures, peines visant à annihiler les personnes, procédures perverties, parodies de procès… »